A propos des « briseurs de grève »

Vendredi 23 décembre 2011 à 18:53 14 commentaires

Alors qu’une polémique est en train de naitre sur le respect du droit de grève, au motif que les forces de l’ordre sont sollicitées pour effectuer les tâches de vérification (fouille des bagages, palpation) obligatoire sur les voyageurs qui prennent l’avion, je voudrais préciser quelques points.

Tout d’abord, donner une définition du droit de grève, qui peut être trouvée par tout un chacun sur Wikipedia

La grève est donc « une action collective visant à appuyer les revendications des salariés en faisant pression sur l’employeur par la perte de production que la cessation de travail entraine. »

Il s’agit d’un rapport de force : le gréviste n’est pas rémunéré alors que l’entreprise ne produit plus, et donc perd de l’argent.

L’exercice du droit de grève est garanti par l’alinéa 7 du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 :

Enfin, je rappelle également que les conflits sociaux en cours dans les aéroports n’opposent pas l’état aux grévistes, mais les grévistes à leurs employeurs privés. Si les employeurs avaient recours, par exemple, à une main d’œuvre intérimaire, pour remplacer les grévistes, ils seraient dans l’illégalité (Article L1251-10 du code de travail).

C’est pourquoi l’employeur, qui ne paye pas les salariés grévistes, ne peut embaucher des intérimaires pour délivrer le service à leur place, c’est-à-dire continuer à gagner de l’argent malgré la grève.

Je ne fais pas partie de ceux qui croient pouvoir se réjouir de tout conflit social, et qui pensent qu’ils peuvent y engranger des voix, des votes, ou des adhésions à leurs boutiques politiques. Bien entendu, je souhaite la fin de ce conflit. Mais les solutions pour y mettre fin sont entre les mains des salariés des entreprises de sécurité, et de leurs employeurs. Le Gouvernement peut aider, en nommant des médiateurs, mais à aucun moment nous ne sommes intervenus pour mettre fin d’autorité au conflit.

Alors, remplacer les grévistes par les forces de l’ordre pour assurer les mesures de sécurité obligatoires à l’embarquement est-il une remise en cause du droit de grève ?

Non, puisque l’employeur n’étant par définition pas en capacité de délivrer complètement le service, il perd de l’argent, des pénalités lui étant infligées par son donneur d’ordre. Les entreprises prestataires de la DGAC et d’ADP ne sont pas payées pour des prestations qu’elles ne rendent pas. C’est une évidence qu’il convient semble-t-il de rappeler. La grève en cours crée un manque à gagner pour ces entreprises, et met donc la pression sur ses dirigeants, comme toute grève.

Que les voyageurs embarquent ou non, le rapport de force entre les employés et les employeurs reste le même. Le gouvernement n’intervient que pour éviter que les voyageurs fassent les frais de ce conflit social, mais il ne modifie pas les termes de ce conflit.

Permettre aux voyageurs de partir, est-ce affaiblir les salariés dans leur épreuve de force avec leurs patrons ?

Non, et d’ailleurs si la gêne occasionnée aux usagers avait été le souci principal des employeurs, on n’en serait pas là. Les discussions auraient pu démarrer dès le dépôt du préavis de grève. Tout faire pour que les français ne pâtissent pas de ce conflit, c’est ma responsabilité, on voit bien que ce n’est pas celle des parties prenantes de ce conflit. Chacun son rôle donc, mais qu’on ne vienne pas nous accuser de briser une grève quand nous tentons de faire en sorte que les français puissent prendre l’avion !

Solliciter les forces de l’ordre pour assumer les tâches de contrôle des voyageurs et de leurs bagages, de manière exceptionnelle, et dans une période exceptionnelle de départs pour les fêtes de Noël, ce n’est donc en rien prendre position contre les salariés dans ce conflit. C’est prendre position pour les usagers, tout en aidant à trouver une solution par la médiation.

Le reste n’est que basse polémique. Et ceux qui se réjouissent du durcissement du conflit ne sont probablement pas ceux qui font des sacrifices sur leur salaire en se déclarant grévistes. Comme d’habitude, les conseilleurs ne sont pas les payeurs.

Plus largement, cette idée fixe qu’on nous assène et qui consiste à prétendre qu’une grève efficace est une grève qui a des conséquences sur une majorité de personnes en dehors de l’entreprise, est une idée qui me semble dangereuse, à terme, pour le droit de grève lui-même.

Il y a en effet une confusion dangereuse entre les perturbations vis-à-vis du public, qui sont des conséquences de la grève, et son objectif, qui est de perturber le processus de production d’une entreprise, pour obtenir satisfaction sur des revendications.

A ce compte, si la SNCF met en place des trains spéciaux pour acheminer des voyageurs qui ne peuvent pas prendre l’avion à cause d’une grève dans un aéroport, on traitera également la SNCF de briseur de grève ?

Parler, comme Marie-George Buffet l’a fait hier, de « pays occupé » quand les forces de l’ordre sont à pied d’œuvre pour assurer la sécurité des voyageurs, je trouve cela indécent.

A-t-on réquisitionné les grévistes ? Non.
A-t-on envoyé la police contre les grévistes ? Non.

Les images d’Epinal d’une certaine gauche, qui veut nous faire croire que nous sommes encore sous le Consulat, et qu’on envoie la police pour « mater les grévistes », sont consternantes.

La responsabilité qui est la notre, c’est de ne pas laisser ce conflit social empêcher ceux de nos concitoyens qui partent rejoindre leur famille pour les fêtes de fin d’année de le faire. Il y a aussi chez les voyageurs des concitoyens qui travaillent dur toute l’année, qui sont en peine de boucler les fins de mois, qui prennent des vols pas cher pour enfin penser à autre chose qu’aux tracas quotidiens. Leur permettre de décoller, sans remettre en cause la grève elle-même, c’est un minimum. Des milliers de nos concitoyens ont effectué des réservations des mois à l’avance, pour pouvoir se payer ce transport et passer des fêtes de fin d’année en famille. Ceux-là n’ont pas le loisir de prendre un autre vol, ou de se faire rembourser plus tard. Ils prennent l’avion, ou ils restent chez eux. C’est aussi à eux que je pense.

Les grévistes n’en veulent pas aux usagers, et je ne veux pas que les usagers en veulent aux grévistes. Ceux dont le métier semble être devenu de souffler sur les braises devraient s’arrêter un instant et se demander ce qu’ils veulent, au fond. Monter les uns contre les autres ? Capitaliser sur la colère des uns et des autres ?

En prenant nos responsabilités, tout en protégeant le droit de grève et en facilitant l’obtention d’un accord qui, in fine, ne peut être conclu qu’à l’intérieur des entreprises privées concernées, nous faisons le travail qu’un Gouvernement responsable doit faire.

Acharnement thérapeutique ou tournant dans les négociations climatiques ?

Mercredi 14 décembre 2011 à 11:11 5 commentaires

NKM Durban

Longues, laborieuses, je dirais même interminables. Pourtant, ces 3 nuits blanches de négociations électriques à Durban, nous ont tout de même permis d’obtenir un accord, certes à l’arraché, mais un accord ! Pour la première fois, l’urgence d’agir de façon concertée a été actée par tous les pays! Et un petit pas fait par tous, est une très grande avancée pour la planète. Pour la première fois, des pays comme la Chine et les Etats-Unis, qui se rejettent habituellement la responsabilité du premier pas, s’engagent ensemble. Enfin, pour la première fois, l’Union Européenne a affiché un véritable leadership. Ses propositions ont formé le cœur du compromis. En forgeant une alliance avec les pays les plus vulnérables (AOSIS) et les pays les plus pauvres (PMA),  l’UE a fait évoluer les positions des grands pays émergents (la Chine notamment) et des Etats-Unis qui, rappelons le, voulaient seulement que la COP17 (« conference of the parties », c’est-à-dire la 17ème conférence sur le climat organisée par l’ONU) se contente de mettre en œuvre les accords de Cancun (COP16).

L’échec que nous avons frôlé, aurait eu des conséquences considérables. Depuis Copenhague, les COPs se succèdent et s’essoufflent.  Le système onusien est de plus en plus critiqué. Les présidences tournantes montrent leurs limites. A Durban, par exemple, le système organisé par la Présidence sud-africaine qui consiste à consulter longuement, dans des formats différents, selon un processus maieutique appelé Inbada en référence au nom donné en zoulou au conseil des anciens, a considérablement ralenti les débats.

La question de la gouvernance des négociations doit donc légitiment être posée. Dans le cadre de la préparation de Rio+20 en janvier prochain à Paris, nous organisons avec Alain Juppé une grande réunion qui sera l’occasion de réfléchir sur l’organisation d’une nouvelle gouvernance.

Il nous faudra conclure un accord ambitieux et global en 2015. La France au sein de l’UE fera des propositions à cet effet dès le début de 2012.

On se méfie du grand soir climatique, on préfère progresser pas à pas. Il faut pourtant aller vite, car l’horloge tourne. Tous les signaux nous alertent : multiplication des événements climatiques extrêmes, records d’émissions mondiales de gaz à effet de serre, élévation des prévisions d’élévation de la température mondiale… Bientôt il sera trop tard pour agir !

L’A10 change enfin !

Lundi 5 décembre 2011 à 18:58 5 commentaires

a10

Vous connaissez mon engagement concernant l’autoroute A10. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que j’évoque ce sujet sur le blog. Je pousse régulièrement pour que des améliorations importantes soient réalisées pour y développer les modes de transport partagés. Ainsi, trois parkings de covoiturage, qui représentent 300 places, vont être aménagés. Il convient cependant d’aller plus loin. En effet, l’autoroute doit pouvoir être mieux utilisée et doit être un vecteur de déplacement plus respectueux de l’environnement.

Pour faciliter le recours au transport collectif, il est nécessaire de fiabiliser les temps de parcours des bus. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité la mise en œuvre d’une expérimentation, dès le début du printemps prochain, permettant aux bus qui empruntent l’autoroute de circuler sur la bande d’arrêt d’urgence à l’approche de Massy, une fois les aménagements nécessaires à la sécurité de l’ensemble des usagers de l’autoroute faits.

Cette expérimentation ne constituera qu’une première étape. Une étude est en cours sur l’élargissement à terme de l’autoroute pour pouvoir créer une voie de transport collectif en site propre entre La-Folie-Bessin et Palaiseau pour améliorer, notamment, la desserte de la gare de Massy-Palaiseau. Cette voie dédiée permettra de garantir aux usagers un temps de parcours et limitera les encombrements.

Par ailleurs, j’ai souhaité que le covoiturage soit encouragé. Pour intensifier le recours à ce mode de transport, un abonnement de covoiturage pour les usagers du trajet Dourdan/La-Folie-Bessin sera mis en place dès le 1er février 2012. Cet abonnement offrira une remise de 50% pour le covoiturage à partir de trois personnes sur une large plage horaire de 7h à 20h.

Au-delà du covoiturage, les utilisateurs fréquents de l’A10, qui disposent de très peu d’alternatives à l’autoroute, doivent pouvoir également bénéficier de conditions améliorées. Là aussi, en accord avec la société gestionnaire de l’autoroute, les tarifs qui entreront en vigueur au 1er février 2012 seront plus abordables. Ainsi, en plus de l’abonnement existant, un complément est apporté pour les usagers fréquents du trajet Dourdan/La Folie-Bessin : un passage sur deux sera gratuit au-delà du 25ème passage mensuel. Ces abonnements complémentaires constituent des mesures expérimentales d’accompagnement d’ici la mise en service de la voie de transport collectif en site propre, au plus tard en 2014. D’ici là je souhaite que le Conseil général de l’Essonne puisse participer également à cet effort collectif afin de faire baisser encore plus ces nouveaux tarifs. Des discussions entre le concessionnaire et le département sont en cours.

Enfin, j’ai donné mon accord à la poursuite des études sur le ring des Ulis, en particulier pour définir le coût et le délai de réalisation du projet.

Je crois que ces mesures sont de nature à faciliter les déplacements de l’ensemble des usagers de l’autoroute A10 et permettront une meilleure utilisation de l’autoroute tout en en faisant un mode de déplacement plus aisé et plus respectueux de l’environnement.

Le MON810 ? Toujours pas !

Mercredi 30 novembre 2011 à 12:43 17 commentaires

OGM© QWEbie

Je voudrais revenir sur la décision du Conseil d’Etat d’annuler la clause de sauvegarde sur le maïs transgénique MON810. Pour ceux d’entre vous qui suivent mon engagement depuis quelques années, vous imaginez mon sentiment à ce moment précis où l’interdiction de culture de ce maïs est mise à l’épreuve.

Il ne s’agit pas ici de se tromper de combat. Ma position, et la position du Gouvernement, à l’encontre des OGM est loin d’être idéologique. Lorsque nous avions activé en 2008 la clause de sauvegarde sur le MON810, nous avions fondé notre avis sur les premières études qui laissaient penser que le MON810 pouvait avoir des effets non désirés, et peut-être irréversibles, sur l’environnement.

C’est sur cette base de connaissance de 2008 que le Conseil d’Etat a jugé la décision d’interdiction et l’a trouvée mal fondée juridiquement. De nombreuses questions sur l’innocuité environnementale de ce maïs n’ont toujours pas de réponse à l’heure où j’écris ce billet. Au contraire, de nouvelles études ont été faites et un faisceau d’éléments nous incitent à la prudence. En particulier un avis du Haut Conseil des biotechnologiques de décembre 2009 a mis en évidence un risque fort d’apparition de résistances chez les ravageurs et a questionné son impact sur les invertébrés non cibles. Plus récemment, les résultats venus des Etats-Unis sur les risques d’apparition accélérée de résistances (chez la chrysomèle par exemple), par la culture de maïs transgénique, rappellent l’importance d’examiner ces impacts et de les prévenir en amont. On ne peut pas ignorer ces questions.

C’est pourquoi, conformément aux annonces du Président de la République de ce jour, nous allons déposer une nouvelle clause de sauvegarde qui répond aux objections soulevées par le Conseil d’Etat. Elle s’appuiera notamment sur les nouvelles études et les nouveaux éléments techniques qui ont été versés au dossier.

A bien des égards, la politique de protection de l’environnement diffère des autres politiques. On ne peut pas « tester » pour quelques années une politique avant d’en changer : les dégâts causés sont irréversibles. C’est pourquoi, jusqu’à preuve scientifique du contraire, le Gouvernement maintiendra son opposition à la culture de ce maïs transgénique sur le territoire français.

METROPOLIS, « Cités futuristes », « Villes et pays imaginaires », à la Cinémathèque française

Lundi 21 novembre 2011 à 11:45 1 commentaire

Ce n’est pas en cinéphile que j’ai admiré ce film dit culte. Ce chef d’oeuvre de Fritz Lang, restauré et pour la première fois présenté dans sa version intégrale de 1927 par la cinémathèque française, est un monument, au sens propre, « qui avertit ». L’avertissement est toujours d’actualité. Les artistes, Madonna et Lady Gaga, pour ne citer que des femmes, ne s’y sont pas trompées.

La ville futuriste au début du XXème siècle, Métropolis, nous est familière : une cité verticale, un monde d’en haut, un monde d’en bas, des maîtres, une foule épuisée par un travail mécanique, des révoltes, des catastrophes et une femme robot qui prêche la haine. Fritz Lang a toujours renié la fin heureuse de sa fable, une réconciliation générale et un avenir radieux. Je souhaiterais démentir son pessimisme. C’est difficile, bien sûr. Une tâche vraiment politique.

Un cycle de conférences accompagne les projections du film. L’une d’elle analysera un thème sensible : « Métropolis, matrice des villes du futur ». Les villes du futur, nos villes, comment les penser pour qu’elles ne deviennent pas un cauchemar ? Paris, le grand Paris, comment le concevoir ? Comment éviter une cité coupée en deux mondes antagonistes : le paradis vert pour les privilégiés, l’enfer de la promiscuité insalubre pour les autres ? Comment organiser les transports urbains ? J’y songeais en inaugurant la première ligne de métro automatisée entre La Défense et Château-de-Vincennes. Le confort, la sécurité, l’information sur les horaires, la régularité et l’agrément d’un design coloré transforment l’image et la réalité du transport dans notre capitale. Le métropolitain devient un espace agréable, arraché à la grisaille des mondes souterrains. C’est aussi une première mondiale.

Un film et des réflexions. Je vous les livre, encore imprégnées d’une très forte émotion esthétique, avec le désir de la transformer en action.

Shanghai, Wuhan, Chengdu, Pékin en 4 jours pour valoriser le génie français en Chine

Lundi 14 novembre 2011 à 20:16 2 commentaires

L’Empire du milieu s’est durant de longs siècles suffit a lui même, se protégeant des interventions extérieures par la muraille de Chine et ayant trop de mal a gérer ses équilibres internes pour se laisser distraire par les influences étrangères. Pourtant, aujourd’hui la Chine a besoin du monde, autant que le monde a besoin de la Chine.

Une croissance du PIB d’au moins 8% par an lui est indispensable pour absorber l’exode rural vers les grandes villes sans susciter de drames économiques, sociaux et politiques. Pour soutenir cette croissance la Chine doit exporter. Elle est ainsi forcée de s’ouvrir au monde et prendre en considération les problèmes que son expansion rapide suscite pour l’ensemble la planète. A commencer par la flambée des prix des énergies fossiles et de des produits de base pour l’ensemble des pays que provoque son rythme de développement. En conséquence, contrairement à une idée reçue, la problématique principale de la Chine n’est pas tant l’acceptation des contraintes du système monétaire international et de la convertibilité du Yuan mais plutôt la prise en considération sérieuse et déterminée par les chinois de l’impératif de sobriété dans la consommation d’énergie et des matières premières.

300 millions de nouveaux citadins d’ici 20 ans,  78 aéroports supplémentaires dans 10 ans, 83000 kms de réseau autoroutier en 2015… Voila quelques chiffres qui donnent le vertige. Cette industrialisation et cette urbanisation à un rythme effréné impose de construire dès à présent un modèle de développement plus respectueux de l’environnement afin de le rendre durable.

Les acteurs de l’environnement ont un rôle particulier  à jouer dans cette transformation. La Chine est aujourd’hui le premier pays émetteur de CO² et cause des dégâts écologiques considérables. La pollution de l’air à Pékin est un problème de santé publique, tout comme l’accès à l’eau alors que les nappes phréatiques de la moitié des villes et 88% des lacs naturels sont pollués.

Pourtant, cette époque est, peut être, en passe d’être révolue. J’ai été très frappée par leur degré de prise de conscience des enjeux environnementaux. Les autorités que j’ai rencontrées,  tant locale que nationale, se sont montrées très conscientes des limites de leur développement actuel, qu’il n’était en rien durable. La lutte contre le changement climatique et l’utilisation plus sobre des matières premières semblent désormais être une des priorités.

L’ampleur des enjeux auxquels la Chine est confrontée est sans aucune mesure avec les nôtres. Mais les solutions sont les mêmes : le développement des technologies de pointe, d’une économie circulaire qui tire ses matières premières de ses déchets, d’une économie de fonctionnalité qui offre des services plutôt que des produits – bref, d’un autre modèle de société, qui ne mesure plus la croissance et le bonheur humain à la seule aune du PIB.

Les acteurs chinois ont, à ce titre, bien identifié l’excellence du savoir faire français en matière d’environnement … Ils s’intéressent aux technologies développées par nos leaders mondiaux mais également à l’expertise particulière dont nous disposons en matière de partenariats publics prives. Avec Thierry MARIANI, 6 parlementaires et WWF, nous nous sommes rendus sur les sites de deux réalisations franco-chinoises, symboles de coopération réussie.

A Shanghai, tout d’abord, avec l’inauguration vendredi d’un centre de recherche Rhodia destiné à inventer la chimie de demain puis samedi à Wuhan, où j’ai posé la première pierre d’une usine Suez Environnement qui assurera le traitement des eaux usées d’un immense parc industriel.

La province de Wuhan, qui accueille près d’une centaine d’entreprises françaises, est en train de devenir une vitrine de notre savoir faire et rayonne déjà dans toute la Chine. L’ouverture d’une liaison aérienne entre Paris et Wuhan par Air France, que j’ai inaugurée lors de mon voyage, nous donne les moyens de faciliter plus encore les échanges entre la France et cette région qui compte près de 30 millions d’habitants et dont la population devrait doubler d’ici 20 ans.

Les ministres de l’environnement et des affaires étrangères m’ont confirmé lundi à Pékin la volonté de la Chine de travailler avec la France, non seulement sur le développement de coopérations économiques, mais également en matière de droit de l’environnement, d’efficacité énergétique et de sureté nucléaire.

Cet intérêt pour l’environnement est partage par  le vice-ministre des finances et le Président  de la Bank of China. Ils sont convaincus que leur pays n’a pas d’autre choix que de réconcilier croissance et environnement. Le volontarisme du 12eme plan dans lequel les enjeux environnementaux sont très présents témoigne de cet intérêt. Mais seuls les mois à venir  nous diront si la chine a accordé ses positions internationales avec sa prise de conscience nationale. Les rendez-vous de Durban et de Rio+20 seront décisifs pour créer une dynamique internationale autour de solutions communes et durables.

Depuis le cœur de la mondialisation une conviction faisait l’unanimité de notre délégation: face à ce monde qui vient, la pire des attitudes serait de ne pas le regarder en face. Nous devons y progresser sans complexe,  seule manière d’y faire survivre notre identité française assumée et notre identité européenne qui se forge un peu plus chaque jour, grâce au volontarisme politique si bien incarné par le Président de la République.

Colloque sur L’engagement, le 17 novembre

Mardi 8 novembre 2011 à 12:03 3 commentaires

Avec l’ADN, je participerai le jeudi 17 novembre à 18h30 à un colloque sur L’engagement (sous tous ses aspects : social, politique, syndical, religieux, associatif, militaire). Voici le programme :  Télécharger le PDF.

Vous pourrez vous y inscrire gratuitement, via ce lien, tant qu’il restera des places.

Invitation de l'ADN

L’exercice de l’Etat, de Pierre Schoeller

Samedi 5 novembre 2011 à 13:59 5 commentaires

Mon entretien avec Michel Rocard, dans Télérama, ne précise pas ce que j’insiste à vouloir dire sur le « sens » de l’action politique. J’y reviens à partir de ce film, très bon mais avec une élision qui gâche en partie son propos. Le spectacle de la vie politique devient absurde et peut même paraître désespérant si la motivation profonde des hommes et des femmes qui s’y exposent n’est pas mise en perspective.

Pierre Schoeller ne rate pas le documentaire sur la dureté quotidienne de l’exercice du pouvoir.  Il évoque avec sûreté la pression des événements, le choc des caractères, les ambitions qui se dessinent, les grandes et petites trahisons des coulisses, en un mot l’ordinaire d’une cellule sociale lancée dans un train d’activités sans répit. Le décalage schizophrène du microcosme avec le pays réel est un risque, c’est vrai, sauf à méconnaître la part humaine du domaine privé : politique ou pas, chacun part en vacances, fait des courses, connaît des deuils, rencontre des amis et, ce n’est pas le moindre, ne renonce pas à toute vie familiale. Et un cabinet ministériel n’est heureusement pas un nid d’Atrides. La composition de Michel Blanc dramatise à merveille le rôle des directeurs de cabinets. Pourtant ce ne sont pas tous des statues du Commandeur, au même titre que tous les ministres ne sont pas tous des grands seigneurs méchants hommes. J’admets volontiers le point de vue acide du réalisateur sur l’exercice de l’Etat et même le doute qui peut saisir un haut fonctionnaire sur l’efficacité de son travail. J’admets beaucoup moins le soupçon d’une vaine agitation habillée par les trucages des communicants.

Le ministre du film lui-même défend ses certitudes malgré la tourmente et les pressions! Au-delà des convictions personnelles, l’engagement politique suppose une vision du monde, impose des choix qui prétendent façonner l’avenir. Aujourd’hui, ces choix prennent souvent une dimension qui dépasse le cadre national. Il existe une mondialisation des effets de l’action politique. L’actualité le prouve quotidiennement. Cette semaine, un projet de référendum  en Grèce a bouleversé toute l’Europe !

L’ambition personnelle, le cynisme ou le mensonge ne résistent pas longtemps à l’épreuve de la démocratie : les citoyens votent. C’est le moment de vérité. Nous sommes dans une épopée collective et solidaire. Dans mes responsabilités ministérielles, je ne l’oublie jamais : nos choix stratégiques en matière de mix énergétique, la prévention des risques naturels et technologiques ou encore la protection de la biodiversité, nous engagent au-delà de nos frontières, au-delà de la durée de nos mandats. Le combat politique a un sens, c’est la raison de mon engagement.

Aux premières heures d’un autre changement | Le Figaro 05.11.2011

Samedi 5 novembre 2011 à 10:13 2 commentaires

Dans ces moments de grands bruits, que nous reste-t-il ?

Notre regard doit se porter au-delà de l’actualité, des chiffres assénés, des bonnes raisons ou des mauvaises. Certains pensent que tout s’écroule et que l’on complote à la fin du monde, ou du moins de l’Europe. La dette est insupportable et le Front National agite la sortie de l’euro comme remède à tous nos maux.

Face à cette agitation dangereuse, et peu adaptée à la gravité des enjeux, je crois en la subtilité, comme mode d’agir, à la distance, comme mode d’interprétation, à la détermination pour ne pas trahir ses convictions.

Je crois à ceux qui sont en mouvement, qui tracent le chemin que d’autres n’auront plus qu’à suivre. Je crois à ceux qui travaillent à l’ouverture d’un nouveau chapitre de la construction européenne. Nous en sommes là. L’Europe en est là, à se reconstruire, discrètement, mais avec force, dans l’ennui d’une crise dont l’ampleur a surpris. 

Aujourd’hui Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont au milieu du gué. Couple politique tellement contemporain, ils se lèvent et affrontent cette crise mondiale depuis des semaines et des mois. Ils fabriquent à nouveau l’endroit de nos fiertés, de nos identités, une Europe qui, depuis le sommet de Nice et les égarements d’un référendum maladroit, était en panne. La voilà, au premier rang à nouveau. Grâce à eux deux. On ne parlait plus de cette Europe que pour en préparer la chute. Et c’est tout le contraire qui advient. 2011 est à l’image de 1989 : c’est une année de reconstruction.

L’épreuve passe par l’Euro. Je comprends le désarroi américain, la haine accumulée par certains depuis 1992 face à l’apparition de l’Euro, nouvelle monnaie à statut mondial, et à la nécessité du partage depuis vingt ans de la richesse, du pouvoir et de la parole. Je comprends nos hésitations, nos peurs.

Mais nous devons garder le cap. C’est difficile. Tant de voix, autrefois sages, résonnent pour que la Grèce sorte de la zone Euro. La mienne ici peut paraitre bien frêle, elle porte mon engagement : la démocratie, la solidarité, la paix. Car, enfin, l’Europe, c’est tout cela. Lui tourner le dos, c’est prononcer le cataclysme, entrer dans une période noire, où la ruine dévasterait tout ce à quoi nous tenons.

Je le redis : nous sommes en reconstruction. Aucune révolution n’ignore le passé, ni les traditions. Elle ouvre un temps nouveau, une éclosion d’évènements en préparation. Or, depuis plus de dix ans, nous sommes submergés par les changements. Intuitivement, nous avons regretté l’immobilisme des années passées, à commencer par le gouvernement Jospin. Nous avons attendu la rupture. Depuis cinq ans ce qui a été fait est colossale : le Grenelle, la réforme des Universités, des retraites et tant d’autres bouleversements. La France est complexe. Hésitante. Entre modernité et refus.

Nous n’avons pas besoin de normalité, de banalité, de mollesse d’un nouveau et éternel radical-socialisme. Nous voulons encore un grand changement. Plus de justice. Sujet complexe, d’équilibres nombreux et subtils. Mais incontournable. Plus de sûreté, comme nous le savons très bien, la chaine des sécurités indispensables à notre tranquillité, à nos espoirs, est infinie et s’écrit chaque jour. Plus de tonicité, de fougue, de créativité. La question centrale de notre modèle de croissance, la vitalité de notre industrie, de l’accès à l’emploi.

L’aventure ne peut que renaître. Elle est là. La relance de l’Union en est un symptôme. Un déclencheur. Nous allons passer par cette case, serrer les coudes, sauver l’Euro, la Grèce, même si par moments, nous avons le sentiment et la volonté de le faire contre elle-même. Nous allons nous prendre en mains, croire en notre destin. Et nous n’avons pas le choix. Des pays énormes, émergents, aux populations gigantesques frappent à nos portes. Nous devons dans la compétition mondiale être les meilleurs. Certains aimeraient se cacher, proclamer la « démondialisation » mais les fausses murailles s’effondrent toujours.

Je veux combattre la tentation du pire. Ceux qui ont perdu tout bon sens politique et qui par leurs chahuts tentent de nous interdire d’entendre la vibration du monde. Les Français sont à l’aube d’un grand moment de débats, de choix. Ils savent trouver la voie. Mais pour cela ils ne doivent renoncer à rien de ce qu’ils ont su créer, organiser, maitriser, imposer. Au premier rang de tout, depuis 1957, l’Europe est l’enjeu.

A gauche : vive la division durable !

Jeudi 27 octobre 2011 à 15:05 6 commentaires

En politique, les coïncidences sont rarement trompeuses. Et lorsque des élus du Parti Socialiste publient une tribune à charge sur ma politique écologique, au même moment qu’Europe-Ecologie-les-Verts, les enseignements à tirer sont nombreux.

Au lendemain du 4ème anniversaire du Grenelle de l’environnement, je comprends que la tentation soit forte pour l’opposition d’essayer de gâcher la fête. Deux tribunes publiées le même jour sur le même sujet : est-ce un manque cruel de dialogue entre ces deux partis, ou le triste constat de l’impossibilité à se mettre d’accord, même pour signer un texte?

Il est vrai qu’il est plus facile d’essayer de trouver un adversaire commun pour oublier leurs différends, que d’essayer de les régler tant l’écart est colossal. Ce n’est ni glorieux ni courageux de leur part, mais en ces temps de précampagne présidentielle, certains s’agitent comme ils le peuvent.

Aucune politique n’est jamais parfaite, et nous devons toujours mieux faire. Je ne contemple pas le Grenelle en estimant qu’il est l’alpha et l’oméga du développement durable. Mais il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse. Ce que nous avons collectivement accompli depuis 2007 est conséquent, tant sur les réalisations que sur les méthodes.

Grâce au Grenelle et à sa gouvernance à 5, notre politique écologique depuis 2007 est le fruit d’une concertation permanente et constructive entre l’Etat, les ONG, les syndicats salariés, les syndicats employeurs et les élus. Il y a à peine 10 ans, il était illusoire de réussir à gouverner ainsi. Aujourd’hui, c’est une réalité quotidienne.

Quant aux réalisations, je ne ferai pas une liste à la Prévert de ce que le Grenelle a rendu possible. Mais je n’ai pas souvenir que lorsque la gauche était au pouvoir entre 1997 et 2002 (avec des ministres verts au Gouvernement, ne l’oublions pas !) elle ait proposé le bonus/malus automobile, financé le développement des énergies renouvelables ou l’isolation des logements, travaillé au retraitement des déchets, investi massivement sur le ferroviaire ou encore interdi l’exploitation des gisements de gaz et huiles de schiste…

J’avoue être parfois désespérée de voir ceux qui devraient parler d’écologie se concentrer plus sur des calculs électoraux que sur les véritables problématiques qui concernent notre planète. La preuve en est : on assiste en ce moment même à une tractation à peine voilée avec pour objectif des sièges de députés pour les amis de Mme Joly, contre un infléchissement de la position dogmatique de la candidate sur le nucléaire. Le mélange des genres est irresponsable.

L’ambiance entre Eva Joly et François Hollande est électrique. Voila bien la seule chose de durable dans leur discours…